La délicatesse

L’histoireLa délicatesse
« François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m’en vais. C’est la boisson la moins conviviale qui soit. Un thé, ce n’est guère mieux. On sent qu’on va passer des dimanches après-midi à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Finalement, il se dit qu’un jus, ça serait bien. Oui, un jus, c’est sympathique. C’est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l’orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur. Le jus d’abricot, c’est parfait. Si elle choisit ça, je l’épouse…
– Je vais prendre un jus… Un jus d’abricot, répondit Nathalie.
Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité. »

Mon avis
Je ne peux faire qu’une éloge de La délicatesse… J’ai littéralement été envoûtée par ma lecture, délicieuse et délicate. Un grand moment de douceur, fort en émotions, dont je ne voulais pas voir la fin, tout simplement.

Nathalie était plutôt discrète (une sorte de féminité suisse). Elle avait traversé l’adolescence sans heurt, respectant les passages piétons. A vingt ans, elle envisageait l’avenir comme une promesse. Elle aimait rire, elle aimait lire. Deux occupations rarement simultanées puisqu’elle préférait les histoires tristes. L’orientation littéraire n’étant pas assez concrète à son goût, elle avait décidé de poursuivre des études d’économie. Sous ses airs de rêveuse, elle laissait peu de place à l’à-peu-près. Elle restait des heures à observer des courbes sur l’évolution du PIB en Estonie, un étrange sourire sur le visage. Au moment où la vie d’adulte s’annonçait, il lui arrivait parfois de repenser à son enfance. Des instants de bonheur ramassés en quelques épisodes, toujours les mêmes. Elle courait sur une plage, elle montait dans un avion, elle dormait dans les bras de son père. Mais elle ne ressentait aucune nostalgie, jamais. Ce qui est assez rare pour une Nathalie.

Un bijou. La délicatesse est un bijou qui brille par sa sensibilité enivrante et son écriture douce. Dès la première page, David Foenkinos nous entraîne avec lui dans une histoire qui ne paye peut être pas de mine mais qui est complètement magique entre les lignes. Ne vous laissez pas surprendre ni bercer par la simplicité de ses personnages et situations ; le roman sait transformer des choses communes en petites pépites délicieuses et irrésistibles grâce à une plume qui ne manque pas d’originalité. J’ai dévoré La délicatesse comme on croque dans une pâtisserie feuilletée tout en légèreté mais qui ne manque pas de saveurs, lui donnant alors un goût de revenez-y.

La plupart des couples adorent se raconter des histoires, penser que leur rencontre revêt un caractère exceptionnel, et ces innombrables unions qui se forment dans la banalité la plus totale sont souvent enrichies de détails offrant, tout de même, une petit extase. Finalement, on cherche l’exégèse en toute chose.

Nathalie, François, Charles, Markus, Chloé ; les personnages présents dans le roman, tous plus naturels et touchants les uns que les autres, se comptent sur les doigts de la main et, tel un microcosme, gravitent autour de la première, personnage central de ce conte moderne. Ils vont tous apporter à celui-ci quelque chose de différent, une pierre à l’édifice, de par leur caractère et leur quête personnelle ; l’histoire s’en trouve alors enrichie et ne manque pas de situations tantôt cocasses, tantôt dramatiques, et tantôt comiques. Les dialogues sont agréables et la narration douce et irrésistible grâce à la plume délicate, fine et fluide de l’auteur qui sait ruser pour nous faire craquer avec des mots et formules magiques. Pour rendre son texte d’autant plus différent de celui des autres écrivains, il a judicieusement ponctué son roman ici et là de tout petits chapitres aussi anecdotiques que malins, telle une pensée qui va traverser l’esprit de Nathalie parce qu’elle aura envie de voyager ou de cuisiner, ou parce qu’un mot, un geste, lui aura fait penser à une réplique de film, à un tableau de Klimt ou à la citation d’un grand philosophe. Nous sommes véritablement dans la tête de Nathalie et on s’y sent bien, bien qu’elle soit quelque peu malmenée par la vie, le travail, le temps qui passe. On ne peut que l’aimer d’avantage et les pages tournent rapidement entre nos doigts tellement nous nous trouvons en bonne compagnie.

Sa première décision fut simple : la réciprocité. Si elle l’avait embrassé sans lui demander son avis, il ne voyait pas pourquoi il ne pourrait pas faire de même. Lundi matin, à la première heure, il irait la voir pour lui rendre la monnaie de ses lèvres.

Ma note
J’accorde ★ ★ ★ ★ ★ à La délicatesse. L’écriture qui mélange les mots simples entre eux pour les rendre magiques n’a pas été sans me rappeler parfois celle de Mathias Malzieu que j’aime tout particulièrement et c’est elle qui m’a séduit dès la première page. Avec ses personnages qui sont tout aussi naturels qu’attachants, avec ses situations comme on en rencontre dans sa vie de lecteur, La délicatesse est, aux premiers abords, un de ces « petits » livres sans prétention mais qui, finalement, cache un véritable trésor entre ses pages.

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Infos
Titre français : La délicatesse
Auteur : David Foenkinos
Date de sortie originale : 2009
Date de sortie poche : 2013
Editeur français : Gallimard
Nombre de pages : 224
ISBN : 9782070440252
Lu en français.

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Une réflexion sur “La délicatesse

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