Virus L.I.V.3 ou la mort des livres

L’histoireVirus L.I.V.3 ou la mort des livres
A la fin du XXIème siècle, un virus tue les livres et se propage : les pages deviennent blanches lorsque vous les avez lues.

Mon avis

A cet instant précis, les devantures des librairies s’éteignirent. Aux fenêtres des immeubles, les clartés faiblirent, indiquant que chacun rejoignait sa chambre ou le salon. Je devinai que venait de retentir la sirène quotidienne de L’Heure du Livre. Depuis le milieu du XXIème siècle, l’Europe entière se conformait à cette coutume. Elle datait de l’époque où avait été dénoncée l’utilisation abusive des images en général et des écrans en particulier. Depuis, la lecture occupait la majeure partie du temps libre de presque toute la population.

Je ne sais pas bien lire la science-fiction. Souvent, les univers sont certes très imaginatifs mais parfois trop décalés pour se les imaginer aisément et alors, s’y sentir bien. Quoi de mieux que de lire alors un roman d’anticipation et de science-fiction trouvé dans le rayon dédié à la littérature pour adolescents. Mais ne vous y méprenez pas ; malgré le public auquel il s’adresse, Virus L.I.V.3 ou la mort des livres est profond et très intelligent.Dédié à Ray Bradbury, l’auteur de l’incontournable Fahrenheit 451 (que je n’ai malheureusement pas encore lu ! oui, je sais, je devrais avoir honte !), Virus L.I.V.3 ou la mort des livres imagine, quelques années plus tard à son tour, un monde dans lequel nos livres adorés sont tout autant en danger. Dans le premier, les livres sont brûlés. Dans le second, c’est un virus qui les touche et contamine plus particulièrement les lecteurs, leurs lectures s’effaçant alors au fil des pages ; mais, en contrepartie, il provoque chez eux quelque chose d’un peu plus surnaturel que je ne dévoilerai pas dans ma critique. Grâce à ce quelque chose, l’auteur porte un regard complètement extérieur sur le phénomène qui nous englobe complètement, lecteurs, et nous plonge dans le livre lorsque l’on parcourt ses pages ; il touche alors du doigt un moyen de captiver le public auquel il destine son livre en tout premier lieu. Oui les enfants, oui chers adolescents blasés d’aujourd’hui, les livres sont magiques, les livres sont bons, les livres sont précieux et les livres vous délivrent. Porté par un univers complètement envoûtant, Virus L.I.V.3 captive par ses trouvailles futuristes crédibles sans aucune trop grosse dose indigeste d’inventivité science-fictionnique (oui, j’aime inventer des mots). Les termes et sigles utilisés sont même expliqués à la fin du livre et ils sont tous plus malins les uns que les autres.

Je pourrais vous retourner d’autres questions plus révoltantes encore : pourquoi les Lettrés méprisent-ils tant les Zappeurs ? Pourquoi s’obstinent-ils à croire que la culture ne passe que par l’écrit ? Pourquoi trahissent-ils leur propre Constitution qui affirme : « Celui qui choisit la raison pour guider HONORERA LES SCIENCES pour renforcer son jugement » ?

Virus L.I.V.3 aborde alors un sujet grave qui pose les questions très importantes de la culture, du savoir, du livre, et du numérique. Car dans le futur de l’auteur, une guerre sans pitié est déclarée entre ceux qui prônent le « cyberspace » et le gouvernement qui a interdit les écrans et rendu obligatoire la possession d’un certain nombre d’ouvrages chez soi. Crucial et presque politique, le message est fort et on ne peut plus actuel ; et si, en vrai, un virus effaçait tous nos livres lus ?? Une enquête est menée par des personnages plutôt lisses pour la plupart mais très habilement construits pour d’autres, notamment l’héroïne, sourde et muette, dont les handicaps vont apporter beaucoup de substance à l’intrigue et au contexte. Tout est minutieux, les lois, les règles, les rencontres ; rien n’est laissé au hasard dans ce gouvernement pas totalitaire pour autant. Tout dans l’histoire est maitrisé parfaitement, tout en nous laissant respirer.

Mais je vous prédis un avenir de chaos et d’anarchie ! Demain, vous laisserez entrer les images dans les foyers. Ce sera la renaissance de la démagogie, le règne du superficiel, de l’apparence et du tape-à-l’oeil.

Bien que court, le roman sait finalement nous surprendre avec des rebondissements inattendus. Très riche dans son contexte, on aurait aimé en savoir un peu plus sur la société de demain dans laquelle les écrans sont devenus tabous. Ecrit pour un jeune public, certains éléments de Virus L.I.V.3. sont en effet parfois survolés, à notre plus grand regret. Mais nous, lecteurs, avons faim de cette dystopie peu commune à travers laquelle le destin de nos objets préféré est questionné.

Ma note
J’accorde ★ ★ ★ ★ ☆ à Virus L.I.V.3 ou la mort des livres. Le roman perd une étoile uniquement parce qu’il est trop cout et parfois trop survolé. C’est sans aucun doute parce qu’il se destine à un public très jeune. Il ferait, en tout cas, de nos jours, un très bon film dystopique comme on en voit beaucoup aujourd’hui sur nos écrans.

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Infos
Titre original : Virus L.I.V.3 ou la mort des livres
Auteur : Christian Grenier
Date de sortie originale : 1998
Date de sortie poche : 2014
Editeur : Le livre de poche
Nombre de pages : 192
ISBN : 9782010023699
Lu en français.

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Une réflexion sur “Virus L.I.V.3 ou la mort des livres

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