Warm bodies

L’histoireWarm bodies
R est un zombie qui tombe amoureux de Julie, une humaine.

Mon avis

Je suis mort, mais ce n’est pas si mal. J’ai appris à vivre avec. Ne m’en veuillez pas si je ne m’étends pas sur les présentations, c’est simplement que je n’ai plus de nom. Comme la plupart d’entre nous. Nous le perdons aussi facilement que des clés de voiture, nous l’oublions comme une date d’anniversaire. Le mien commençait peut-être par la lettre « R », mais je n’en sais pas plus. C’est drôle parce que, quand j’étais vivant, je n’avais déjà pas la mémoire des noms. Mon ami M trouve qu’être un zombie ne manque pas d’ironie : tout paraît amusant, mais impossible de sourire, parce que nous n’avons plus de lèvres (elles ont fini par se décomposer).

Warm bodies a été une énorme surprise ! Je ne sais pas vraiment pourquoi je me suis lancée dans la lecture de ce roman mais il m’a valu, une fois de plus, les moqueries d’un collègue. Effectivement, je ne lis pratiquement que de la littérature pour adolescents et jeunes adultes mais hé, je kiffe ! Alors « pouet pouet canard » ! Mais voilà, un jour donc, j’ai reçu Warm bodies et il ne m’a pas fallu longtemps pour le dévorer. En parlant de manger, c’est R le narrateur, mais R est un zombie qui se nourrit de bras, de jambes, de troncs et de cerveaux humains. Et d’ailleurs, dans Warm bodies, pour un zombie, en tout cas pour R, manger un cerveau, c’est revivre les souvenirs de la proie ainsi que ses sentiment. R, et quelques uns de ses acolytes qui vivent dans un aéroport, quittent un jour leur territoire pour aller se nourrir en ville. Arrivés le lendemain (bah oui, un zombie, c’est lent), ils tombent alors sur un petit groupe de jeunes gens. Mais sur le chemin du retour, R ramène avec lui la jolie jeune blonde prénommée Julie, alors veuve de Perry dont il n’a fait qu’une bouchée. Un zombie qui tombe amoureux d’une humaine qu’il kidnappe afin de la protéger… Vous penserez sans aucun doute que l’auteur est un peu dérangé, que c’est un peu tiré par les cheveux ou complètement improbable (les zombies sont-ils probables, de toute façon ?). Il n’empêche que R est alors un personnage complètement imprévisible et son comportement de zombie n’a rien à voir avec tout ce qu’ont pu nous montrer The walking dead et compagnie. Et c’est bien là toute la force du roman et toute l’originalité du livre.

Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? Je regarde longuement ma main, sa chair gris pâle, froide et raide, et je la rêve rose, chaude et souple, capable de guider, de bâtir, de caresser. Je rêve que mes cellules nécrosées sortent de leur léthargie, qu’elles s’illuminent comme des décorations de Noël jusqu’au plus profond de ma noirceur. Je me demande si je suis en train d’inventer tout ça, comme l’effet de la bière. S’agit-il d’un placebo ? d’une illusion optimiste ? Quelle que soit la réponse, je sens que la platitude de mon existence est bouleversée. Des collines et des vallées se forment dans le paysage de mon coeur.

R a un regard tout particulier sur la vie et l’espèce humaine. Il les analyse parfois, un peu comme nous analyserions les zombies à notre tour. R ne manque pas d’humour mais il est du genre à faire rire sans le faire exprès. Amour, mariage, enfants, infidélité, vie de famille… la vie de R est pleine de rebondissements et d’humanité et elle lui donne un petit côté complètement drôle et irrésistible.

Elle force mon esprit à suivre des itinéraires qu’il a rarement empruntés jusqu’à présent. J’ai perdu le compte des mois ou des années depuis que je suis installé ici, mais, au cours de cette période, je n’ai jamais vu les créatures qui m’entourent comme des gens avec qui je vis, même si je les considère comme des humains. Nous mangeons, nous dormons et nous avançons d’un pas traînant dans le brouillard, compétiteurs d’un marathon sans ligne d’arrivée, sans médailles ni bravos. Aucun des habitants de l’aéroport n’a semblé trop perturbé quand j’ai tué quatre des nôtres aujourd’hui. Nous portons sur nous-mêmes le même regard que sur les Vivants : nous ne sommes que de la viande. Anonymes, sans visage, aisément remplaçables. Mais Julie a raison. J’ai des pensées. J’ai une sorte d’âme, si ratatinées et si impuissante soit-elle. Alors, pourquoi pas les autres ? Peut-être qu’il y a là quelque chose à sauver ?

Au-delà de R qui endosse la casquette de personnage principal et de narrateur, ce qui est très peu commun pour un zombie, Warm bodies sait habilement nous entraîner dans le feu de l’action, qu’il soit sentimental ou plus violent, voire parfois un peu dégueu. La relation qu’entretiennent Julie et le zombie ne manque pas non plus d’originalité et le naturel de la jeune femme est très drôle et frais. Sa personnalité permet de surpasser un peu le ton de l’histoire d’amour tellement simple qu’il en devient un petit peu lassant. D’ailleurs, la seconde moitié du récit s’intéressera plutôt plus profondément à l’avenir de l’humanité et à une certaine guerre qui semble inévitable plutôt qu’à R. La différence entre les deux moitiés du roman est alors trop notable pour être totalement appréciable. La seconde partie apporte plus d’action et de rythme au récit, contrairement à la première très sentimentale ; mais la personnalité de R et ses réflexions sur la vie de zombie nous manque cruellement plus tard dans le récit.

Je m’efforce vaillamment de ne pas la regarder alors qu’elle se cambre et s’étire, rajustant la bretelle de son soutien-gorge et laissant échapper un petit gémissement. Je distingue chaque muscle et chaque vertèbre, et, comme elle est déjà à moité nue, je l’imagine sans peau. Ma triste expérience m’a appris qu’il y avait aussi de la beauté dans les couches internes du corps. Des merveilles du symétrie et de précision, comme autant de rouages de montre montés sur rubis ; un véritable travail d’orfèvre, destiné à rester cachés aux yeux du monde.

Ma note
J’accorde ★ ★ ★ ★ ☆ à Warm bodies. Même si l’idée paraît aussi audacieuse que culottée (on a du mal à imaginer R « beau gosse » et une jolie jeune femme tomber amoureuse de lui), elle fonctionne ! Warm bodies est un roman bien plus intelligent qu’il n’y parait, notamment grâce à l’écriture très soignée et aux réflexions malignes. Le rôle de R y est complètement pour quelque chose ; toute son humanité, malgré son statut de non vivant, fait du roman une oeuvre ambitieuse mais pas moins efficace et parfois même jubilatoire. Dommage que sa personnalité qui s’efface après la première moitié finisse par nous manquer autant.

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Infos
Titre original : Warm bodies
Titre français : Warm bodies
Auteur : Isaac Marion
Date de sortie originale : 2011
Date de sortie française poche : 2013
Editeur français : Le livre de poche
Nombre de pages : 336
ISBN : 9782253169895
Lu en français.

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2 réflexions sur “Warm bodies

  1. Pingback: Les lectures du mois : août 2016. | Lire, c'est boire et manger.

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