Dieu me déteste

L’histoireDieu me déteste
Richard est un ado atteint d’un cancer qui passe ce qui semble rester de ses jours en soins palliatifs. Il raconte alors ses journées, ses péripéties et ses rencontres.

Mon avis

« Tu es là pour quoi, fiston ? Qu’est-ce qui ne va pas ? » Et là, je fais mes grands yeux innocents et mon air sérieux, et je réponds : « J’ai un DMD. » Là, le type me regarde bêtement en faisant : « Hein ? », et j’enfonce le clou : « Un DMD. C’est un acronyme. » Il y en a qui ne savent même pas ce que c’est, alors j’attends une seconde, et je balance : « Un DMD, comme dans Dieu me déteste. »

C’est dur de ne pas craquer pour Richard. Ce gosse spontané, drôle et naturel avec des allures parfois de petit trou du cul qu’on apprécie malgré tout. Richard Casey s’adresse à vous, vous parle comme si vous étiez assis à son chevet. Chapeau bas alors à la traductrice qui a su donner au texte cette dimension et cette proximité si spéciales et si appréciables. Inutile alors de vous dire à quel point vous êtes vite entraîné dans cet hôpital, comme si Richard vous tenait par la main. Vous passez quelques jours avec lui ; vous rencontrez les personnes qui lui sont proches (infirmiers, parents et amis) ; vous faîtes la rencontre de sa vie avec lui ; vous faites des bêtises avec lui ; vous souffrez avec lui. Mais ne vous inquiétez pas ! Maladie, cancer, pleurs… Vous ne serez sans aucun doute pas épargné durant votre lecture mais Dieu me déteste est avant tout un hymne à la vie. La maladie de Richard est comme dissimulée entre les lignes ; ce n’est pas le thème principal de Dieu me déteste. De toute façon, Richard n’en parle quasiment pas. Le thème principal du roman, c’est la vie. Voire, le sexe… Et c’est là que mon enthousiasme a pris une grande claque.

Pendant un moment, je reste là, à contempler son visage. Les paupières closes, toute la vie disparait, toute l’énergie s’évanouit, et il ne reste que ce visage minuscule et si fragile. On devine le crâne à travers la peau, la mâchoire et le creux des tempes, bleu foncé. Elle a la peau sèche, comme du parchemin. Elle n’a pas la force. Elle est trop petite. Je l’entoure de mes deux bras et l’enveloppe de mes jambes. J’essaie de lui faire un abri, comme pour la protéger de toute chose. Je l’attire contre moi et je m’endors.

Certes, le sexe n’est-il pas, même inconsciemment, au centre de la vie de tout un chacun ? L’humanité ne doit-elle pas en effet se perpétuer ? N’est-ce pas le sujet qui émoustille le plus les adolescents ? Mais dès que Richard se mettra en tête de coucher avec Sylvie, la jeune fille d’à côté qui, atteinte d’un cancer, le crâne chauve, les vêtements trop larges, semble croire à la vie bien plus que son don juan, dès que Richard aura découvert ce qui se cache réellement sous son propre pyjama, il n’arrêtera plus. Flirts, bisous, masturbation, il y va de son petit bonhomme de chemin pendant les deux derniers tiers du roman et finira par arriver à ses fins. Et c’est à ce moment-là que tout basculera, pour mon plus grand bonheur. En effet, les pulsions sexuelles de Richard et de Sylvie, petit personnage aguicheur que je n’ai pas su apprécier une seule seconde, deviennent répétitives et lassantes. J’aurais aimé que le gosse me parle un peu plus de sa famille ; de sa mère qui ne peut pas être trop présente mais qu’on a envie d’écouter et de soutenir, de son père inconnu sur la piste duquel se lance sa grand-mère, de son oncle Phil un peu barré qui lui apprendra les bêtises des adultes, de son infirmier préféré Edward qu’on a envie de connaître de façon un peu plus profonde et qu’on aime tout particulièrement bien qu’il soit parfois survolé. Non, Richard préfère mettre au centre de ses intérêts la fille dont il est amoureux ; je ne lui en veux pas ! C’est tout naturel. Et quand on est mourant, on ne va pas se lamenter continuellement sur son sort parce qu’on n’en a pas le temps, tout simplement. Mais Sylvie, je ne l’aime pas. Et il est difficile d’apprécier une histoire lorsqu’on n’en fait pas autant de ses personnages. Je n’en veux ni à Sylvie ni à Richard ; mais plutôt à l’auteur.

Ma note
J’accorde ★ ★ ☆ ☆ ☆ à Dieu me déteste. L’auteur m’a emmenée là où je ne l’attendais pas, et là où je ne voulais pas aller. La sexualité de ces deux ados mourants est bien trop cliché pour être appréciable et les évènements indépendants de leurs pulsions sont comme une bouffée d’air frais bien trop légère pour profiter pleinement de la lecture. Dieu me déteste à fait pschitt ; Richard m’a enthousiasmée mais Sylvie a fini par m’énerver. Malgré un début très accrocheur et prometteur et malgré l’ultime partie de poker extraordinaire, ma déception est grande. J’aurais mis une étoile supplémentaire à ma note si ça n’avait pas été le cas.

– – –
Dieu me déteste, Hollis Seamon, 2013.

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Une réflexion sur “Dieu me déteste

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