L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes

– JEAN-PIERRE ! Tu m’a fait peur !
– Jean-Pierre ? Je pensais qu’il n’y avait que des femmes, ici !
– Qui a parlé ?
– Ca vient de chez Carla.
– C’est moi, Juliette. Je suis arrivée hier soir. C’est qui Jean-Pierre ?
– Hier soir… déjà ! s’exclame Giuseppina.
– Jean-Pierre, c’est le seul mâle de l’immeuble.
– Dommage qu’il ne change pas les fusibles.
– Il s’en fout, il voit dans le noir.
– Jean-Pierre, viens mon chéri, elles sont jalouses que tu passes tes nuits dans mon lit.
– Un chat, ça n’a jamais remplacé un homme !

L’histoireL'immeuble des femmes qui avaient renoncé aux hommes
Cinq femmes qui ont renoncé aux hommes vivent dans le même immeuble. Géré par La Reine, il ne contient pas un seul mâle, à part un chat du nom de Jean-Pierre. Cinq femmes, cinq histoires, cinq coups de coeur, cinq douleurs.

Mon avis

– On n’a pas renoncé à l’amour.
– C’est très beau l’amour, le véritable amour.
– On a renoncé à l’espérance folle de le vivre.
– Aux montagnes russes.
– A la polygamie.
– A vouloir rapprocher le pôle Nord et le pôle Sud.
– Au bricolage quotidien, à recoller mille fois les morceaux.
– A perdre la raison quand on découvre que l’autre n’est pas celui qu’il faisait semblant d’être.
– A se diluer, se contorsionner, se rogner les ailes pour plaire.
– A se laisser rouler dans la farine pour une caresse, un mot doux.
– A devenir pathétique.
– A perdre tous ses neurones et rester accro à une relation toxique.
– On ne peut pas se protéger en amour.
– La seule protection, c’est l’abstinence.

On choisit parfois nos lectures sur un coup de tête, une impulsion, une couverture, un titre, un résumé… J’aime les titres qui racontent une histoire. J’aime les couvertures qui en disent beaucoup. Mais j’ai surtout choisi de passer quelques jours dans L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes parce que je pensais être comme elles, comme ces femmes. Aller, quitte à se remettre d’une désastreuse aventure, autant le faire en bonne compagnie, avec un livre qui contient des amies. Simone, Juliette, Giuseppina, Rosalie et La Reine. Ces colloc aussi têtues qu’adorables forment une mini-bande de copines inséparables qui partagent le même immeuble, les mêmes voisins et les mêmes cris du coeur. Renoncer aux hommes. A cause d’un mari, à cause d’un père, à cause d’un fils, à cause d’un don juan, à cause de trous du cul lâches…

Je n’ai pas renoncé aux hommes. J’ai renoncé à en prendre plein la gueule.

Les personnages féminins sont nombreux ; c’était chose facile pour l’auteur d’être sûre que ses lectrices se retrouvent dans l’une d’entre elles. Oui vous, mademoiselle, vous vous retrouverez dans Juliette. Oui vous, madame, Simone vous fera penser à vous. Oui toi, maman, une autre te rappellera quelqu’un. Parce que l’immeuble est tout autant réservé aux femmes que le livre. Hommes, passez votre chemin. De toute façon, ces femmes ne vous aiment pas ; ou ne vous aiment plus. Et puis, si vous le lisiez, vous diriez la chose que l’on vous connait par coeur : « On n’est pas tous comme ça ! » Et puis vous finiriez sur un : « De toute façon, le bon vous attend quelque part. » Pour cette fois, le livre fait écho à la rage que l’on peut ressentir lorsque l’on vit la même chose que Simone, Juliette, Giuseppina, Rosalie ou La Reine. Des histoires bien tristes, parfois cruelles, et malheureusement bien trop courantes. Haaa, qu’il est bon de pleurer sur les pages d’un roman, qu’il est bon de verser de grosses larmes pour une héroïne, qu’il est bon de se lâcher lors de la lecture d’un livre qui, bien qu’il vous tire quelques larmes des yeux, vous fait un bien fou. Lire une histoire pour prendre du recul sur la sienne ; c’est un peu de cette façon que j’ai lu L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes. L’auteur semble glisser au creux de votre oreille, entre les lignes, à travers ses personnages : « Tu vois miss, tu n’es pas la seule, et il n’y a pas mort d’homme. »

Elle regarde le pot de confiture, les croûtes de pain abandonnées, les fleurs dans le vase, les fruits qu’il n’a pas touchés, la bougie allumée, la radio muette. Elle fait le tour de la table, remet la chaise en place, souffle la bougie, se dirige comme une somnambule vers la chambre, contemple le lit défait, enlève les draps, enfouit son nez dans l’oreiller de Carlos et fond en larmes. Des larmes qui viennent de loin. Celles qu’elle n’a jamais versées en Argentine. Celles qu’elle n’a jamais répandues pendant toutes ces années de solitude. Vidée, humiliée, triste à crever, elle s’en veut terriblement de sa naïveté. Il lui a dit mi amor, et elle a cru qu’il l’aimait.

Détrompez-vous, L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes est un livre qui fait du bien. Bien qu’il fasse pleurer, on retient les éclats de rire que l’on a eu en le lisant, on retient les personnages forts qui sourient à la vie malgré tout et on retient le lien d’amitié que l’on semble tisser tout au long de ces deux cents pages avec chacun d’entre eux.

Simone s’est trompée d’homme. Elle n’est pas la femme d’un Carlos. Celui qui lui conviendrait est tout autre. Un mètre quatre-vingts, chiffonné, ours mal rasé, les pattes larges, un grain de beauté au-dessus du sourcil gauche – elle craque pour ce bougon pas très gracieux -, il entrerait dans la cuisine, de fines lunettes fumées sur le nez, cigarette à la main, en grommelant :
– Alors ma chérie, tu me le fais ce café, bien fort… brûlant !
Sa face sombre, ses moues, sa dégaine embarrassée, sa nonchalance rempliraient tout l’espace. Il dirait bonjour. Il apprécierait Schubert. Il remarquerait les fleurs. Sa voix rocailleuse, les notes d’accent pied-noir qui rappelle son Castiglione natal, sonneraient bon le sud de l’Algérie. La cuisine se mettrait à chanter. Ce serait l’été tout à coup. Adossé au mur, derrière la petite table, il serait chez lui : Jean-Pierre Bacri !

Ma note
J’accorde ★ ★ ★ ★ ★ à L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes. En y regardant de plus près, ma critique est bien trop personnelle et bien peu objective. Mais le moment que j’ai choisi pour lire ce roman y est sans aucun doute pour quelque chose. Que vous ayez le coeur brisé ou non, des doutes ou non, un mari ou non, ce livre saura vous parler ; il saura vous toucher au plus profond de votre coeur. Un cocktail d’histoires qui vous prennent aux tripes et vous tiennent à coeur car elles ont été les vôtres, car elles le sont peut être en ce moment même. L’auteur a su faire vivre des histoires d’amour simples mais compliquées à la fois à travers des personnages qui ont un gros coeur et vivent pour vous des choses, vos souvenirs, vos douleurs, comme pour vous tirer d’affaire et vous remonter le moral. Simone, Juliette, Giuseppina, Rosalie, La Reine, merci ! Les filles, vous me manquez déjà !…

– – –
L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes, Karine Lambert, 2014.

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Une réflexion sur “L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes

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