Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi

L’histoireMaintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi
Mathias a trente ans. Mathias a perdu sa mère. Bien trop tôt. Comme tout le monde. Pour faire le deuil de la disparue, il rencontrera un géant aussi amical qu’un grand frère. Celui-ci lui apportera l’apprentissage qui permettra au narrateur de se relever et de continuer sa vie.

Mon avis

Moi j’y vais, je vais commencer par me tirer de ce con de parking plein à ras bord de vide et je vais don quichottement affronter Big Ben et toutes les plus grandes horloges du monde. Je vais escalader, tu vas voir, regarde, je grimpe ce putain de clocher anglais et je tords les aiguilles, regarde ! Il est peu avant 19 h 30, ils ne t’auront pas ! Regarde comme je fais la manivelle avec les petits muscles que tu m’as fabriqués dans ton ventre trente ans plus tôt ! Tu te lèves ! Il n’y a plus de tuyaux en plastique, il n’y a plus de soupe dégueulasse et de steak haché au goudron, plus de biscuits aux miettes de gravier non plus ! Tu t’envoles vers la maison ! On y mangera sur la terrasse et tes yeux seront ouverts comme des billes agate noisette ! Regarde, les avions reculent, tout le monde parle à l’envers ! Tes petites-filles, Mathilde et Charlotte, rebondissent sur tes genoux, on va mettre un disque un peu fort sur la chaîne de la salle à manger pour qu’on l’entende sur la terrasse ! Regarde, le vide et la nuit ! On leur pète la gueule à coups de manivelle ! Big Ben ! Il n’y a plus rien dans ton ventre, tu es libre ! Le peuplier géant, regarde-le verdir, les chats qui grimpent dessus ont de la sève sur les pattes et s’en foutent partout quand ils se battent ou s’embrassent ! Oh, ça sent la tarte aux pommes, tu y as encore glissé des fées à la canelle, il ne va pas en rester une seule miette ! Et tu es là, avec tes pinces-crabes dans les cheveux, à te dandiner en glissant des « Elle est bonne hein ? Elle est bonne hein ? Elle est bonne hein… »

Je regrette presque de refermer mon livre ; impossible de ne pas s’attacher au narrateur que l’on souhaite soutenir du plus profond de notre coeur dans le deuil qu’il doit faire de sa mère ; un narrateur que l’on aimerait avoir devant soi pour le serrer fort dans ses bras et lui offrir une pâtisserie (si on est capable d’en faire des aussi bonnes que sa maman). On l’aime de tout son coeur, ce narrateur… Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi est triste et beau à la fois. Mathias Malzieu y raconte, avec son écriture propre, belle, agréable, émouvante et poétique, la perte de sa mère, partie trop tôt, comme toutes les mamans du monde, et sa rencontre avec un de ces géants que l’on croirait sorti d’un univers de Tim Burton ou du film Big Fish, un géant avec le coeur sur la main, drôle et réconfortant. Combattre les ombres, c’est, pour le narrateur orphelin, combattre la mort, faire le deuil de la disparue. Comme un enfant, l’auteur crée un de ces mondes dignes d’un conte pour s’y enfermer, comme dans une bulle, et en ressortir plus tard, plus fort, plus grand, aussi grand que le géant qui l’a pris sous son aile, a chanté et dansé avec lui, lui a appris à voler, à utiliser les ombres, SON ombre, bref, l’a accompagné dans le deuil. Quel livre impressionnant ! Un livre qu’on lit avec passion non sans avoir le coeur déchiré par la colère, la tristesse et le refus que l’on ressent dans l’écriture spontanée de l’auteur. Celui-ci nous parle encore, sans aucun tabou, sans aucun secret, avec sa jolie plume et ses idées folles inimitables, d’un de ces mondes sortis tout droit de son imagination débordante, une imagination pleine d’étoiles, de poésie, d’émotions et d’humanité. On referme le livre et on croise les doigts pour que l’auteur soit aussi optimiste, pour toutes les années à venir, que les dernières phrases de l’épilogue et que les dernières paroles qu’il a échangées avec le géant dont l’apprentissage a visiblement porté ses fruits. Mission accompli, Jack ! Et Mathias peut alors sourire un peu plus à la vie.

Dans la lignée d’un Tim Burton ou d’un Lewis Caroll, Mathias Malzieu signe ici un texte unique, à la fois conte d’initiation survolté et roman intimiste bouleversant. Un texte d’une force, d’une drôlerie et d’une poésie universelle, écrit parfois comme on peut crier sa douleur, ou l’envelopper dans le coton de ses rêves.

Ma note
J’accorde ★ ★ ★ ★ ★ à Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi. Mon amour pour Mathias Malzieu, et plus particulièrement pour son identité d’écrivain, est très fort. Il reste le seul à savoir m’émouvoir autant, à me transporter autant et à me passionner autant. Il a une magie dans la plume que l’on ne trouve chez personne d’autre, celle qui mélange des mots simples à des images pleines d’imagination pour nous raconter des histoires belles, douces et cruelles à la fois qui n’ont rien à envier aux plus jolis contes littéraires.

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Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, Mathias Malzieu, 2005.

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